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02/03/2016

BALLON OVALE ET POINTES VERTES / Fleury d'Aude en Languedoc.

 

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Coopé la Vendémiaire 4 février 2016.jpg

N’est-ce pas trop tôt ? Il fait plus que s’emballer cette année, mon tic-tac intime ! C’est peu dire car il devient aussi furieux que les zig-zags d’un sismographe ! Nous ne sommes que début février et la coopé de Fleury, quelques jours après les flocons, nous offre les velours des bourgeons et les premières feuilles de vigne qui pointent ! Tout se bouscule et je me transporte en urgence un mois plus tard, en mars mais de ce temps d’avant, d’avant le chambardement du temps. Enfin, sans les bisbilles entre ceux qui voudraient nous faire croire qu’il en a toujours été ainsi et d’autres qui estiment qu’entre le petit âge glaciaire et ce réchauffement, le balancier revient trop vite pour que l’homme n’en soit pas coupable.


N’est-ce pas trop tard ? Parce que tintin ! rien en janvier, pas de match de rugby pourtant si attendu par ceux qui tiennent le XV de France à coeur comme ils gardent fidélité au pays plus grand de ses petitesses que de ses gloires... C’est mieux de se sentir champion du monde putatif que loin derrière et compulsif. Aujourd’hui, avec le printemps qui approche, c’est l’espérance, la renaissance et il faut se remettre des mauvaises récoltes comme des débandades telle la dernière, face aux Blacks, aux yeux du monde entier. Tournons la page car toute l’Ovalie le plébiscite ce tournoi des Six Nations !
Tant pis s’il ne s’entrouvre plus, en janvier, avec la fleur de l’amandier car il maintient un lien que seules les guerres et quelques bagarres mirent en suspension ! Vous connaissez la formule : « Un sport de voyous joué par des gentlemen ». Sinon, pour ceux de ma génération, dans le Sud, avec l’église, la politique et la vigne, le rugby fermait notre quadrature du cercle communal. Alors, en refusant de me demander ce qu’il en est à l’âge de la mondialisation, je trépigne presque, de voir ce que va apporter le sang neuf de nos troupes parce que la chose que je regrette le plus et qui fait assimiler le rugby à ces clans politiques en échec mais toujours en place, est l’incrustation de ces sélectionneurs poussifs, dans l’erreur et sans bilan.


J’attends avec la même émotion qu’à la fin des années 80. La semaine finissait le samedi à midi et c’était pas plus mal ! En attendant l’heure du match, une sortie aux asperges, avec le chien, permettait de nous laver de la semaine passée, du boulot, du quotidien. Dionysos, mon korthal, tirait vers la campagne à l’instar d’Erbani, Champ et Garuet vers la ligne adverse. Parfois la boue dans une ornière, augurant du piétinement à venir des avants dans une herbe ne foutant pas le camp en plaques, elle. Puis ces mattes d’asperges hérissées d’épines dans lesquelles il faut rentrer comme vers le ballon planqué au sein d’une mêlée ouverte. Le ballon ? cette pousse tendre giclant du sol à l’image de cette attaque à venir jusqu’à Blanco ou Lagisquet à l’aile. Nous allions voir ce que nous voulions voir ! C’est l’heure de rentrer, de goûter, par-dessus tout, un ciel lavé, un soleil neuf sur les premières fleurs, les premiers oiseaux, une harmonie, un accord comparable à l’ambiance entre copains, l’esprit d’équipe, toute cette volonté bandée vers la victoire à offrir à tout un pays.


Dio transpire, la botte d’asperges a griffé mes mains mais ce n’est pas comparable aux joues, aux nez, aux arcades saignantes de nos gladiateurs, crânes d’avoir sorti leur match. A moi l’omelette des talus, à eux les ripailles de la troisième mi-temps !


N’est-il pas temps ? Parce qu’on l’a gagné ce tournoi de 1989, le dernier d’une belle série de quatre dont un grand chelem. Demain, contre l’Italie, celui des Six Nations va nous consoler des malheurs passés, même si pour les asperges sauvages, encore, il faut attendre... 

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photos : 1 & 2 Cave Coopérative La Vendémiaire Fleury - Salles

3. Origine perdue : contactez-moi que je rende à César...

 

01/03/2016

L'AMANDIER DE JANVIER

 

    Je suis l’enfant des marges et des armasses, celui qui court les talus et garrouilles, celui dont le tic-tac interne s’emballe, dès que Nadal confirme les jours plus longs d’un « pè de gal », d’un pied de coq.

    Attaché à la terre comme à une mamelle, j’arpente les ceps comme on vendange, heureux d’en tirer ces porrès sauvages, ces petits poireaux de vignes. Quel plaisir ensuite, de rassembler les petites bottes au bout de chaque rang et de se régaler à l’avance du cadeau fait par mère Nature. Mais les poireaux montent vite en graine et plus vite encore quand apparaissent l’erbo blanco (1) et les menus soucis jaunes et orangés (2).

    Dans les têtes, ça déborde d’impatience, pour cause de renouveau qui s’ébroue. Chacun veut le voir et l’espère, l’amandier en fleur ! Et quand les arbres surlignent le paysage de leurs pastels blancs ou roses, les cœurs à l’unisson disent à l’hiver : « Va-t-en ! ».   

    Ne pensez pas que c’est du passé, de l’histoire ancienne, que le progrès a tout balayé... Le progrès, s’il permet instantanément de prendre un billet pour le bout du monde, n’interdit pas de cueillir du bonheur à nos portes, non ? N’objectez pas que les poisons sont là avec nos paysans complices, ceux qui ne voulurent pas voir la chimie criminelle bétonnant les terres, au prétexte que c’était chouette de ne plus avoir à labourer ! Ne me dites pas que les "fleurs d’ail" et les soucis délicats refleurissent nos vignes derrière des barbelés. Écoutez plutôt le gentil froufrou des abeilles, sous l’amandier.

    Certes, les temps sont difficiles et s’il faut se garder de broyer du noir, il arrive, néanmoins, à tout un chacun de douter, de ruminer sa morosité, sans s’en douter, même. Hier, je devais en être là quand un petit envoi express, expressément adressé (3), me le fit réaliser. Oh peu de chose, une photo envoyée, un arbre, peu gaillard qui plus est... Sauf que, n’illustrerait-il pas, tel ceux, conduits en gobelet, le mode de vie sinon de survie qui tenait nos aïeux, à l’image de ses frères civilisés, lui aussi, l’arbre chenu ensauvagé, nous porte le message.

    « Voilà, tonton, ton amandier ! » laissait entendre l’envoi. Un instant, j’ai pensé malingre, un instant seulement, parce que d‘un coup il a ébloui mon âme, le messager porteur de lumière. Entre un neveu et son oncle, avec notre sang, « la raço » de nos « papetos », déclamait Jean Camp (4), c’est tout un village qui s’est levé, comme une force vitale du fond des âges, pour que frémisse l’espérance encore froissée, douce et amère, rose ou blanche, des fleurs aimées de l’amandier.

    Je t’embrasse, mon Pierrot.  

   

(1) Diplotaxis fausse rouquette... Diplotaxis tenuifolia ou moralis (?) ; les jeunes pousses se mangent. Enfants, nous disions «fleurs d’ail». 

(2) Calendula arvensis. Le souci des champs ou sauvage est, entre autres bienfaits, réputé antibactérien, anti-inflammatoire (fleurs), antitumoral. Les feuilles sont diaphorétiques (stimulent la transpiration), On la consomme depuis longtemps en salade. Ses fleurs, très mellifères, résistent au gel ; séchées elles servaient à colorer le beurre ou le fromage.

(3) non comme ces remerciements d’anniversaire trop souvent envoyés à la cantonade, à la mode de facebook !

(4) lire son magnifique poème, une référence de tous les instants pour les Languedociens que nous sommes, LOU DOUBLIDAÏRE : « ... E la raço de sous papetos / Qu’aro soun bressats per la mort / Lous brassiès qui fouchaboun l’ort / E que grefaboun las pouretos... » 

 

Note : suite à des sécheresses répétées en Californie, le cours des amandes est passé 2,30 à 12 € ! Dans ce secteur, la France est largement déficitaire. S’il est charitable de ne pas en rajouter, qu’est-ce qu’on attend quand même pour dézinguer cette mafia qui décide des prix, comme en atteste une énième crise du lait d’actualité ? Qu’est-ce qu’on attend pour replanter l’amandier autrement que pour détourner des subventions ?   

 

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Photo : l'amandier de Pierrot, hier samedi 30 janvier 2016.