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04/08/2014

BZEZEZE, BZEZEZE... LES MOUSTIQUES ! (II)

A voir comment les réformes sont menées aujourd’hui (rythmes scolaires, fusion des régions, etc), rien n’a changé sous le fronton républicain. On ne faisait pas pire, en 1963 : pour la mission confiée au haut fonctionnaire Pierre Racine,  les énarques et autres ingénieurs d’Etat (les Mines notamment) ont engagé le peuple sans concertation préalable... 


    Il est gentil Benoît de faire contre mauvaise fortune, bon coeur avec la moissalinada (l’essaim de moustiques). C’est vrai que dans les coins infestés, on a eu employé des phares puissants couplés à une hélice pour attirer et hacher menu l’ennemi dont on remplissait, ensuite, des tombereaux à la pelle ! Un travail de Shadok puisque l’imago avait déjà pondu ! En conséquence, la stratégie élaborée par la Mission Racine vise avant tout à détruire les œufs.
    Ainsi, l’EID, l’Entente Interdépartementale pour la Démoustication a commencé par établir la carte précise des trente-neuf espèces en cause et leur biotope précis sur plus de 150 km de côte. De la Camargue au pied des Albères, les égouts, les fosses d’aisance des zones habitées, les vignes (même celles de Benoît !), les fossés et roubines, les étangs, les roselières, les sansuires à salicornes et saladelles, furent méthodiquement quadrillées. Une carte a été dressée. Une fois les gites répertoriés, les spécialistes ont examiné les larves, déterminé les espèces pour proposer le traitement idoine contre chacune d’elles tandis que des mesures préalables à la dispersion des produits se mettaient en place avant que les petits bonshommes orange n’y aillent du pulvérisateur.
    Les oeufs d’anophèle flottent sur l’eau tandis que nombre de pontes le sont sur la terre même mais en zone  inondable. Ainsi, les générations à venir attendent une immersion pour éclore; Certaines peuvent patienter des années. L’eau est donc indispensable quoique, dans une certaine mesure, puisque les œufs périssent s’il y en a plus de quarante centimètres ! Le travail de prévention a donc commencé par l’étude des plantes indiquant un certain niveau d’eau, suivie par le remblayage de certaines zones sinon le curage, le dragage voire le creusage d’autres secteurs, dont les plans d’eau  (> 1 m)pour les nouveaux ports de plaisance prévus.
    Les locaux ont attendu de voir sans trop s’inquiéter d’un tel bouleversement des paysages, des habitudes, de la submersion touristique annoncée, de l’épandage généralisé bien qu’adapté de produits agressifs, sur les gens, les bêtes et la faune sauvage. Bon gré mal gré, certains ont dû accepter la fin du camping sauvage, de la baraque en été (1), d’autres celle des paillotes ou des cabanons permanents sur le maritime, sur les terres de l’État.
    Les touristes ont déferlé, les résidences secondaires se sont multipliées, et les autochtones qui pensaient que la charge répartie entre plus de monde allait s’en trouver allégée, étaient loin de se douter que les impôts augmenteraient continuellement... sur la lancée du pic d’augmentation dû à la Bulle, la grosse cagade des socialistes d’alors (2) !  Ils n’en savaient pas davantage sur la dangerosité du DDT, reconnue vers 1970 et remplacée par des produits organophosphorés imagocides ou larvicides. Néanmoins, si le DDT tuait tous les insectes, une petite quantité du nouveau produit suffisait malheureusement à tuer  aussi les oiseaux, par ingestion ou toilettage. 

2 la Bulle.JPG


    Comment ne pas penser à la mésange rémiz (mésange penduline) qui accroche la poche de son nid aux tamaris, aux verdiers qui gazouillent dans les oliviers de Bohême, à la rousserolle effarvatte dans les roselières ? Aux abords de notre « Étang de Pissevaches » (3), avant la démoustication, des hirondelles par centaines, chassaient plus ou moins haut, suivant la tendance météorologique. Elles ont disparu. On en voit bien quelques unes à Saint-Pierre, à Fleury, davantage, semble-t-il, plus dans les terres, à Coursan mais c’est bien triste. Et en ce début d’août, alors que les patrouilles de martinets ont déjà déserté le ciel, peut-on encore entendre les trilles des chasseurs d’Afrique (les guêpiers) qui ne vont pas tarder à repartir ?

rémiz penduline.jpg


    Depuis 1976, la découverte d’un insecticide biologique très sélectif et peu toxique, le Bacillus thuringiensis israelensis (BTI) a permis une avancée certaine au point que son usage permet de démoustiquer en Camargue, zone naturelle protégée. Depuis 2006, le BTI est le seul larvicide admis en Europe et utilisé pour la démoustication par l’EID sur notre littoral. L’Entente pour la démoustication, toujours efficiente, se doit de rester vigilante face aux nouveaux risques induits par le commerce mondial et les voyages intercontinentaux : l’épidémie de West Nile qui infecta les chevaux mais peut affecter l’homme, affecta le Gard et l’Hérault en 2000 et le chikungunya de 2007 en Italie toucha aussi une région pourtant démoustiquée.
    L’EID a opté pour une mission de surveillance, en particulier pour ce nouveau venu qu’est le moustique tigre. En attendant que les spécialistes nous trouvent des alternatives au traitement insecticide, ne négligeons pas les pièges sélectifs, les répulsifs (les quatre clous de girofle dans une demi-orange sont à la mode actuellement) et surtout la protection passive alors que, contrairement à ce qui prévalait lors de la mise en place de la Mission Racine, nos fenêtres ont oublié de se doter de moustiquaires.
     
(1) le dernier camping sauvage à Saint-Pierre daterait de 1972. Quelques nostalgiques déménagèrent aux Cabanes de Fleury où l’installation sur la plage fut tolérée jusqu’à l’été 1975. Qu’en fut-il des chalets sur la dune ? 
(2) les sociaux-démocrates d’aujourd’hui, d’après François II, pas si mou que ça pour nous estamper ou pour la bagatelle...
(3) aucun rapport avec les vaches, fussent-elles celle de Margé qui y broutèrent un temps : il s’agit des sources, des résurgences (exsurgences) au pied de la Clape.  
photo nid de la rémiz penduline / photo la Bulle

Merci à Paulou de la baraque sur la plage, obligé, pour rentrer, de faire louvoyer sa Terrot sur le sable. Merci aussi à Benoît, notre coiffeur historique qui s’accommodait par force des moustiques à la vigne. Merci encore à François, auteur d’une monographie sur Fleury, Caboujolette 2008, pour sa mémoire toujours renouvelée. Merci à Rémy, campeur sous la moustiquaire... qui préfacera, plus tard, Les Carnets de Guerre de Louis Barthas tonnelier, et fera entendre un bémol sur l’acceptation patriotique de la guerre par la population (commémoration du centenaire oblige...). Enfin, pour en revenir à notre propos, merci surtout à  Henri Vincenot qui parcourut la France et le Languedoc, en long et en large : Les Voyages du Professeur Lorgnon, n° 1200 La Vie du Rail (29 juin 1969).   
Autres sources : Tour du Valat. Centre de recherches pour la conservation des zones humides méditerranéennes / Historique de la démoustication sur le littoral méditerranéen.

photos : La Bulle dite "de Fleury" / cliché autorisé rémiz penduline (wikipedia).

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