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18/10/2014

LE SALE COUP !

Tout à la joie paisible de retrouver ces moments heureux de la vie que sont les retrouvailles familiales, j’en étais à évoquer les blagues, les poèmes, les airs, les refrains en chœur qui accompagnaient nos agapes, j’en étais à me convaincre que les poèmes, les blagues, les chansons lestes, les couplets rebattus pouvaient entretenir une franche gaieté et des moments de grâce.

J‘avais même rattrapé grâce à l‘Internet, la chanson fétiche de l’oncle Noé, « Sur la routo de Perpinya » celle qu’on ne manquait pas de réclamer. Dire que nous n’avons jamais demandé d’où il la tenait ! Ce n’était pas par manque d’intérêt, oh non, mais réjouis par un trop-plein d’empathie, rassasiés, et la tisano de gabèl aidant, on n’avait jamais passé le pas. Pour tout dire, et à y réfléchir depuis, inconsciemment, c’était exprès, le mystère en prime ne pouvant qu’ajouter au bonheur apporté. Vous l’auriez vu, notre bon oncle Noé, maîtrisant son exercice, pince-sans-rire donnant dans un humour qu’on dit anglais, un peu Buster Keaton (1), un peu Fernandel aussi chantant « Félicie », sûr d’emballer son monde sans trop brasser d’air avec ses « cimbouls et son bastoun de la cimbalo...», une histoire de clochettes et castagnettes trop bien interprétée et appréciée de tous. Et le numéro fini, je ne vous dis pas sa mine "si de rien n’était", de modestie affectée, d’impertinence contenue... l’élan ardent du clan, mêlé d’affection, et par-dessus tout le regard admiratif de tante, retraçant dans la liesse générale, mais la promiscuité permet justement des parenthèses d’intimité qui n’échappent pas à certains, l’esquisse délicate d’un amour pour l’homme d’une vie...

L'oncle Noé et Céline.jpg

Oui, j’étais dans cette ambiance de table à rallonges bien garnie, avec la nappe amidonnée aux initiales brodées, avec les mies, les taches de vin, avec les tons dorés ou rubis de la boisson sacrée dans les verres en cristal, avec les couverts, la vaisselle, toujours de la corbeille de mariage. Je détaillais encore les visages plus ou moins rubiconds en me demandant si le bois sombre au fond, celui du buffet-vaisselier, quoi qu’il en soit poussé dans un coin de la salle à manger pour les besoins de la fête, était Louis XIII ou Henri II sinon Henri II...

 

Pâques 1949.jpg

 

Porté par une douce nostalgie, je m’enflammais encore parce qu’un catalogue de chansons occitanes (1942) et surtout une anthologie de Mistral attestait de l’ancienneté, de ce fil d’or honorant notre vieille langue, déroulé ces fois-là par notre oncle Noé. Aussi, quand au hasard de ma quête je suis tombé sur le mépris affiché par un prétendu faiseur de littérature venant ressasser la prétendue supériorité de la capitale sur la province, je tombai de mon nuage. Mais bien, sur mes deux pattes, l’esprit clair, aussitôt avec la ferme intention de répondre sans délai au coup bas par derrière, à l’insulte gratuite, éculée !   

 

(1) Oui, je sais mais les États-uniens et les rosbifs... 

 

PS : attention pour la photo dont la pratique, à l’époque (1949) ne donnait souvent qu’un rendu figé et académique... La gaieté, la fantaisie s’envolent, les photos restent...

 

Photos : 1. Céline &Noé 2. Famille chez tante Pâques 1949.

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