Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

07/01/2015

« QUAND LES HOMMES VIVRONT D’AMOUR... »

Décembre, une halte sur le chemin... Je sais : nous le devons à la nature qui s’arrête un instant de respirer avant de se gonfler à nouveau pour le cycle à venir ; je me doute : c’est cette hypothèse qui nous incite à faire une pause sur ce que nous sommes et faisons là. Alors, plutôt que de vivre comme on foncerait en acceptant bêtement même l’inacceptable, arrêtons-nous au bord du chemin, pour mieux repartir, serait-ce optimiste de le voir, de le souhaiter ainsi.



Dans cette parenthèse méditative, l’enfance tient une place à part car elle nous laisse à jamais des impressions ineffaçables : je l’évoquais dans le papier sur « La Baptistino » Qu’elles soient incomplètes, partiales et même, inexactes, elles n’en forment pas moins le point de départ du court passage de chacun au pays des vivants, une parenthèse si brève que nous l’embarrassons de la quête tri sinon unidimensionnelle « D’où venons nous ? Qui sommes-nous ? Où allons nous ? ». Si encore nous ne l’encombrions pas de la question  « Est-ce ainsi que les hommes vivent ? », amenant une incompréhension qui va augmentant tout au long du parcours, parce que les injustices, les horreurs par nous perpétrées, deviennent toujours plus intolérables, parce que d’autres écorchés vif de la solidarité généreuse, l’ont si bien dit et chanté :  « Quand les hommes vivront d’amour...». Autant ne pas se la compliquer avec la trilogie que l’on prête à nos cousins primates « Ne rien voir, ne rien entendre, ne rien dire ». Entre la vie et la mort, que nous acceptions ou non de considérer le dilemme, la conclusion appartient à la voix chaude de Félix Leclerc : «... Mais nous nous serons morts mon frère...». 

Revenons à Fleury dans les années 60 lorsque, impressionné, je pénétrai, par un porche monumental, dans les dépendances intra muros d’une belle propriété viticole (1). L’enfant que j’étais veut surtout s’évader par le rêve d’une réalité encadrée par une trinité dominante : les parents, l’Église et, plus distante, la politique.


Les parents sont pour l’ordre des choses, ils acceptent les inégalités et ne voudraient pour rien au monde échanger avec la progéniture sur le sens de l’existence ; ils ne disent rien de la mort, ils auraient même tendance à en édulcorer la réalité sinon à la cacher. Les enfants sont des mineurs en puissance qu’on veut protéger de tout ce qui est sale et l’amour des parents, s’il n’est pas contestable, s’accompagne d’un paternalisme marqué par la normalité éducative des châtiments corporels et l’irrespect aussi profond qu’institutionnel pour une progéniture en mutation à qui on assène : « C’est comme ça et c’est pour ton bien ! », « Tu comprendras plus tard ! ». Tant que l’âge de raison n’est pas atteint (il ne correspond pas forcément au statut de majeur à 21 ans révolus), il n’y a pas à dialoguer avec sa descendance présumée incapable de comprendre le monde des grands.  Et dire que l’Église, elle, il est vrai dans un autre registre et dans le cadre de la soumission à un dieu, professe des valeurs contraires puisque dès le stade fœtal, sinon embryonnaire, le vivant est sacralisé en tant que création divine.

Abbe_pierre.jpg

                                                         L'abbé Pierre / wiki.ru (Russie)

Helder_Camara_1981.jpg

Dom Helder Camara / wiki.en (England)



Ainsi la religion incite également à se plier au nom d’une justice céleste après le passage ici-bas, promettant virtuellement aux petits « les premiers seront les derniers ». Elle s’engage pour plus tard, complice qu’elle est, depuis longtemps, des puissants qu’elle laisse faire. Pour preuve, la place qui est faite, en bien, à quelques rares hommes (2) d’Église comme l’abbé Pierre en France ou  Dom Helder Camara, « l’évêque rouge » du Nordeste brésilien, « l’agitateur » qui lui-même se désignait comme le "petit âne de Jésus": « Quand je donne de la nourriture aux pauvres, on m'appelle un saint. Quand je demande pourquoi ils sont pauvres, on m'appelle un communiste ». Je me dois d’ajouter que la générosité solidaire de Dom Helder, soutenue par l’amitié du pape Paul VI, fut la cible d’un laminage rancunier de la part de Jean-Paul II qui n’aura de cesse de neutraliser le contre-pouvoir mis en place par l’évêque de Recife (3)... C’est une chose d’exécrer le communisme mais cela n’est pas très chrétien d’en arriver à soutenir le fascisme... Je n’ai pas dit « très catholique » et ce serait digresser que d’évoquer la place qui est faite, en mal, à Von Papen, par exemple, et par-dessus lui au pape Pie XII quant à ses silences sur le nazisme.

( A suivre : « Les promesses n’engagent que ceux qui les gobent » ).

(1) propriétaire aussi de la campagne de la Quirou, un beau domaine dans la Clape. Les logements des ouvriers agricoles semblaient des verrues tant la place allouée à l’exploitation prévalait. Honorine et sa vieille mère habitaient là, mes voisins de quartier et camarades Jean-Paul, Momon, Néné et Éliane aussi. 
(2) Où sont les femmes victimes d’une discrimination machiste ordinaire, dominées mais consentantes, supplétives mais prosélytes, dont la complicité parfois active aide à ce que les choses ne changent pas ? Ainsi,  à côté de l’Abbé Pierre et de Dom Helder Camara, je pense (en espérant ne pas tomber dans l’anachronisme) aux bonnes âmes telles sœur Thérésa à Calcutta et sœur Emmanuelle auprès des chiffonniers du Caire, qui veulent apporter un soulagement aux misères dans une acceptation résignée des malheurs et surtout sans l’incitation à la révolte seule capable de faire évoluer une situation figée. 
(3) lire http://www.liberation.fr/monde/1999/08/30/la-mort-de-l-eveque-rougel-agitateur-bresilien-dom-helder-camara-combattait-misere-et-dictature_280330

photos autorisées wiki.ru / wiki.en

Les commentaires sont fermés.