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16/01/2015

UN GARÇON MEUNIER 3. Sylvestre est suspecté.

Interpellé le lendemain à Bize par la gendarmerie de Ginestas alertée par celle de Coursan,‭ ‬Sylvestre allait subir un interrogatoire en règle.‭ ‬Qu‭’‬avait-il fait exactement le samedi‭ ‬10‭ ‬mars‭ ‬1855‭ ‬et dans la nuit du samedi au dimanche‭ ? ‬Il était alors encore employé au moulin de Fleury‭ ?
Non‭ ‬:‭ ‬il avait quitté M.‭ ‬Carrier le lundi cinq février,‭ ‬et c‭’‬est ici,‭ ‬à Bize,‭ ‬qu‭’‬il avait appris la terrible nouvelle.
Mais voilà qu‭’‬il s‭’‬embrouillait dans ses explications.‭ ‬Sûr,‭ ‬qu‭’‬il était parti sur un coup de tête.‭ ‬Tout aurait pu peut-être encore s‭’‬arranger,‭ ‬comme toutes les autres fois.‭ ‬Mais voilà,‭ ‬c’était comme ça‭ ‬:‭ ‬la coupe avait débordé.‭ ‬De toute façon jamais,‭ ‬au grand jamais il n‭’‬avait eu d‭’‬idée criminelle en tête.‭ ‬Tuer quelqu‭’‬un pour se venger,‭ ‬lui Sylvestre‭ ? ‬Cela non,‭ ‬mille fois non,‭ ‬il pouvait le jurer.‭ ‬A quoi bon agir ainsi,‭ ‬d‭’‬ailleurs‭ ?
Ce qu‭’‬il avait fait cette nuit fatale‭ ? ‬Eh bien,‭ ‬il était sorti,‭ ‬comme tous les samedis.‭ ‬Et c’était ici,‭ ‬pas là-bas,‭ ‬où il n‭’‬allait plus que rarement.‭ ‬A quelle heure il était rentré‭ ? ‬Comment le savoir‭ ? ‬Il n‭’‬avait pas regardé la pendule.‭ ‬Et sa montre,‭ ‬elle s’était arrêtée depuis belle lurette,‭ ‬ayant sans doute besoin d‭’‬un nettoyage complet.‭ ‬Mais l‭’‬horloger qui vient tous les‭ ‬lundis du village voisin ne fait pas cadeau de ses services.
Ces hésitations,‭ ‬ces réponses imprécises étaient suffisantes pour faire de lui un suspect,‭ ‬et même le suspect numéro un,‭ ‬d‭’‬autant plus que ses prétendus compagnons restaient introuvables.‭ ‬Sylvestre fut arrêté et jeté en prison à Narbonne en attendant son procès devant‭ ‬la Cour d‭’‬Assises de Carcassonne.‭
-‭ ‬Mesdames et Messieurs,‭ ‬la Cour‭ !
Tout le monde se lève dans la salle d‭’‬audience.‭ ‬Quinze longs mois ont passé‭ ‬depuis le crime.‭ ‬Le procès vient d‭’‬avoir lieu,‭ ‬et la salle d‭’‬audience du Tribunal impérial est trop petite pour cette foule qui a manifesté à plusieurs reprises.‭ ‬On a entendu des cris‭ «‬ A mort‭ ! »‬ Le Président a maintes fois proféré le sacramentel‭ «‬ Silence‭ ‬! ou je fais évacuer la salle. ‭»
Secondé par ses quatre assesseurs‭ ‬– ils n’étaient jadis que trois sous‭ ‬la Révolution,‭ ‬mais ils sont bien quatre depuis mil huit cent cinq‭ ‬-,‭ ‬le Président,‭ ‬pendant la délibération,‭ ‬a demandé aux douze jurés tirés au sort parmi les vingt et un noms de la liste départementale annuelle de répondre en leur âme et conscience aux questions rituelles‭ ‬:
L‭’‬accusé est-il coupable de ce meurtre‭ ?
Ils ont répondu OUI à une petite majorité.‭ ‬Certains ont senti des failles,‭ ‬des zones d‭’‬ombre dans le dossier d‭’‬accusation.
Le meurtre était-il prémédité,‭ ‬préparé avec soin avant son exécution‭ ?
A cette seconde question,‭ ‬la plupart des jurés ont dû répondre NON.‭ ‬Dans l‭’‬exposé précédant les votes,‭ ‬durant la délibération,‭ ‬le juge qui présidait avait attiré tout particulièrement leur attention.‭ ‬Si par deux fois c’était le oui qui l‭’‬emportait,‭ ‬alors obligatoirement le verdict ne faisait plus de doute,‭ ‬c’était la condamnation à mort.‭ ‬Et il avait rappelé le terrible article douze du Code Pénal‭ ‬:‭ «‬ Tout condamné à mort aura la tête tranchée.‭ »
Chacun a repris sa place dans la salle du tribunal.‭ ‬La délibération a été particulièrement longue.‭ ‬Les bavardages se calment,‭ ‬le public redevient attentif.
‭«‬ Gardes,‭ ‬faites entrer l‭’‬accusé.‭ »
Sylvestre pénètre entre deux gendarmes dans cette enceinte qu‭’‬il connaît déjà trop bien,‭ ‬depuis huit jours que dure son procès.
‭«‬ Accusé,‭ ‬levez-vous.‭ ‬Je vais vous lire le verdict.‭ »

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