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22/02/2015

DES FLOCONS D’AMANDIERS DANS UN MONDE DE BRUTES (fin).

Un seigneur wisigoth a acheté une esclave claire pour son bon plaisir sauf qu’un sortilège semble avoir refréné ses pulsions instinctives de domination et de possession.

La femelle était là, pourtant, bien apprêtée par des servantes en sursis, pressées de l’abandonner dans une mousseline rehaussant des courbes toutes de féminité ! Notre seigneur wisigoth, morose et détaché, n’en pouvait plus rien voir. Pris jusqu’au tréfonds par la triste mélodie, il demanda au chambellan de traduire. La chanson disait :
« Noble seigneur qui emprisonnez Sniha, pourquoi marchander sa liberté ?
Son cœur là-bas est resté, dans les neiges immaculées
Protégeant sous son manteau blanc, le doux pays de ses parents... »
Ému et inspiré, Deska répondit :
« Princesse des blanches contrées, me promettrais tu de m’aimer,
Si d’un coup de baguette, d’un seul, je te rendais
Le givre et les frimas, des flocons mais de l’astre de vie
Qui réchauffe la terre et les âmes,
Maintenant que ton pays et tes chers parents ne sont plus ? »      

Conquise, le belle ne sut qu’exprimer un sourire de reconnaissance.

Alors, le wisigoth ordonna au camériste d’ouvrir la fenestre cachée par les lourds rideaux censés favoriser des assauts moins poétiques. Et derrière la verrière aux « victres » teintes « des plus belles et plus vives couleurs » comme le décrira si bien Chrétien de Troyes, malgré la fraîcheur de ce mois de février, leurs yeux cillèrent de trop de lumière : sur le fond bleu d’un ciel lavé par le Cers, des laisses, tout un coteau blanc et rosé des milliers de flocons tombés des amandiers...

Amandiers en fleur.jpg

Amandiers en fleur 2.jpg

amandiers en fleur 3.jpg


Ce n’est qu’entre 1160 et 1180, soit cinq siècles plus tard, que Chrétien de Troyes, décrivant le Château de la Merveille dans le conte du Graal, écrira :

«... Dans le palais, des fenêtres ouvertes
se comptaient bien jusqu’à cinq cents, toutes ouvertes
de dames et de demoiselles
qui regardaient devant elles
les prés et les vergers fleuris... »

Dans le château de Deska, cependant, nonobstant les pratiques rudes et sauvages du seigneur des lieux, sûr que les dames et damoiselles n’ont pas vu arriver d’un même oeil la Princesse des Neiges.

crédit photos 1, 2 & 3 Wikipedia, Commons wikipedia.

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