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16/08/2015

LES BOGUES DU CAPITAINE AU LONG COURS (VI)

« La bogue (1), ils en sont friands à Toulon, malheureux ! J’avais un copain, il était à la Seyne ; sa mère vendait sa pêche. Un jour il fait une soixantaine de kilos de bogues.
"Qu’est-ce que tu vas en faire ?", je lui dis, nous, là-bas, on les jette...
~ Vous les jetez ? mais tu veux pas rigoler, ça vaut un prix d’or !
~ Ça vaut un prix d’or ? Nous, on les donne aux goélands !
~ Mais vous êtes cabourds (2) ! C’est prisé ici !
Du coup, plutôt que de les jeter, la fois d’après, je les porte au chef, un grand chef de cuisine qui nous régalait de ses pâtés, au déjeuner. Je lui précise que c’est vraiment pas terrible, la bogue. 

 

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Une semaine après, pour les déjeuners aux copains il me met deux gros bocaux.
~ Et qu’est-ce que c’est ?
~ C’est du pâté de poisson... Justement, ce jour-là, on était partis des Cabanes avec les tracteurs ; on avait fait en remontant et quand on a été au milieu des culs nus, midi, une heure moins le quart, c’était l’heure de manger ! Stoppez ! On avait un grand plateau que je mettais à la barque et je sors ça.
~ Et qu’est-ce que tu nous portes ?
~ Ma foi, du pâté...
Un commence à goûter c’est pas mauvais ! C’est bon ! Viro reviro (Tourne, retourne-toi), ils avaient tout flambé !
Quand j’ai revu le chef, je lui demande ce que c’était :
~ Ce sont les poissons que tu m’as donnés... C’est du pâté de bogues.
~ Ils m’en ont pas gardé  ! 

 

Boops_boops_com wikip.jpg


Le chef, lui, m’en avait gardé un peu et c’est vrai que c’était bon !
Ils nous en a donné du pâté, cinq ou six fois et ils se jettaient dessus comme la misère sur les pauvres ! Aurio vist aquo. J’étais au milieu comme un capitaine au long cours, ils étaient autour... et quand ils ont su que c’étaient des bogues, ils en sont tombés sur le cul !
C’était une sacrée escouade... C’étaient pas des fainéants, ajoute Yves comme pour excuser leur appétit. Ils étaient vaillants, tu sais... Quand tu fais cinq ou six bols ou sept...
~ Tu dis que tu avais les tracteurs quand même...
Non mais, tu sais, quand on voyait qu’y avait du poisson parce que le poisson, une heure tu en as et puis y en a moins. Alors quand il y en a, tu tires à la main : deux bols alors que le tracteur t’en fais un seul... il permet de reposer l’équipe quand ça baraille (bouge) moins. Sinon, fallait se la donner... et pas pour des bogues de préférence... Ce sont des combines qui viennent vite. Tu le comprends : c’est en forgeant qu’on devient forgeron.  

 

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(1) Boops boops, communément appelée bogue est une espèce de poisson marin de la famille des sparidés. La bogue, Boops boops (Linneus, 1758) est une espèce largement répandue aussi bien en Atlantique oriental qu'en Méditerranée. Elle présente un caractère semi démérsal et vit au-dessus du plateau continental sur tous les fonds jusqu'à 490 m ; elle est plus abondante dans les cent premiers mètres.
Elle doit son nom de bogue a la taille de ses yeux qui sont particulièrement grands par rapport a sa tête, comme un insecte (en anglais bug). WIKIPEDIA. 

(2) à l'origine "mouton qui a le tournis" ; signification dérivée : "idiot". 

 

Photos autorisées 1. Bogue / Roberto Pillon / Commons wikipedia. 

2. Banc de bogues / Albert kok / Commons wikipedia. 

3. Photo d'Yves. Scène de senne de plage (la traîne).

11/10/2014

LE REPAS DE FAMILLE : LE DESSERT.


Nous voici donc au dessert, quand le chocolat du gâteau colle à la cuillère et qu’on entendrait presque la blanquette pétiller de ses perles dans les verres, car chez nous, pas plus de goinfre que de goulu, à l’heure où l’artiste du jour se lève et commence à jongler avec le provençal de Mistral et sa traduction en français :

L'èrbeto dei frisons.
Mirèlha, escota: dins lo Ròse,
Disiá lo fiu de Mèste Ambròse,
I a 'na èrba, que nomam l'erbeto dei frisons;
A dòs floretas, separadas
Bèn sus dòs plantas, e retiradas
Au fons deis ondas enfresqueiradas.
Mai quand vèn de l'amor pèr élei la seson,
Una dei flors, tota soleta,
Monta sus l'aiga risoleta,
E laissa, au bòn solèu, espandir son boton;
Mai, de la vèire tan polida,
I a l'autra flor qu'es trefolida,
E la veses, d'amor emplida,
Que nada tant que pòu pèr ié faire un poton.
E, tant que pòu, se desfrisona
De l'embuscum que l'empresona,
D'aquí, paureta! que rompe son pecolet.
E libra enfin, mai mortinèla,
De sei boquetas pallinèlas
Frusta sa sòrre blanquinèla...
Un poton, puèi ma mòrt, Mirèlha!... e siam solets!
Mirèio. Chant V.

L’herbette aux boucles.
« Mireille, écoute : dans le Rhône,
Disait le fils de Maître Ambroise,
Est une herbe que nous nommons l’herbette aux boucles ;
Elle a deux fleurs, bien séparées
Sur deux plantes, et retirées
Au fond des fraîches ondes.
Mais quand vient pour elles la saison de l’amour,
L’une des fleurs, toute seule,
Monte sur l’eau rieuse,
Et laisse, au bon soleil, épanouir son bouton ;
Mais la voyant si belle,
L’autre fleur tressaille,
Et la voilà, pleine d’amour,
Qui nage tant qu’elle peut pour lui faire un baiser.
Et tant qu’elle peut, elle déroule ses boucles
(Hors) de l’algue qui l’emprisonne,
Jusqu’à tant, pauvrette ! qu’elle rompe son pédoncule ;
Et libre enfin mais mourante,
De ses lèvres pâlies
Elle effleure sa blanche soeur...
Un baiser, puis ma mort, Mireille !... et nous sommes seuls ! »

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